Block (ex-Square, fondée par Jack Dorsey) licencie 4 000 personnes — 40% de son effectif. Le même jour, le cours de bourse prend +24%. Ce chiffre, 40%, rentre dans les esprits. Il devient un signal, une norme, presque un rite de passage pour les entreprises tech cotées en 2026.
Origine
Le terme “Gonzo 40” est popularisé par Tugan Labossière pour décrire la vague de restructurations IA dans les entreprises cotées. Gonzo pour l’aspect radical et assumé — pas un ajustement discret, mais une déclaration publique. 40 pour le pourcentage devenu référence après Block.
L’événement fondateur : Block annonce fin 2025 qu’il remplace une part significative de ses équipes par des agents IA. La réaction des marchés est immédiate et positive. Ce signal crée une dynamique de jeu : si les marchés récompensent 40%, pourquoi ne pas le faire ?
La mécanique de la boucle
Ce qui rend le Gonzo 40 systémique, c’est la structure d’incitation qui le génère :
- Block annonce le Gonzo 40 → cours +24%
- Les marchés envoient un message clair : “on valorise les restructurations IA”
- Les CEO observent. Leur rémunération dépend du cours (stock options, bonus indexés)
- Ne pas faire le Gonzo 40 devient un risque : les investisseurs activistes peuvent sanctionner ou forcer un changement de direction
- → Tous les CEO sont sous pression d’imiter — même ceux dont la boîte n’en a pas besoin
“Don’t have AI leadership? We need to discuss.” — Gokul Rajaram, cofondateur, Marathon VC
Les trois niveaux de restructuration
| Type | Description | Signal marché |
|---|---|---|
| 10% trim | Licenciement discret habillé en “gains de productivité IA” | Neutre |
| 40% Gonzo | Restructuration franche, assumée, avec feuille de route IA | Fort positif |
| 80% Yolo | Pari radical — Twitter sous Elon Musk | Binaire : tout ou rien |
Le 40% est le sweet spot actuel : assez agressif pour crédibiliser un IA play, assez prudent pour ne pas désorganiser la boîte durablement.
La tension éthique
Le Gonzo 40 révèle une contradiction structurelle du capitalisme coté :
Le CEO d’une entreprise cotée est, dans la plupart des cas, un salarié — et non le fondateur. Sa rémunération dépend du cours à court terme, pas de la santé de l’entreprise dans 10 ans. Si licencier 40% fait monter le cours de 24%, et que les options du CEO en dépendent, l’incitation est mécanique.
Le coût réel — sur les personnes licenciées, sur les communautés, sur la qualité des produits long terme — est externalisé. Il n’apparaît pas dans le cours de bourse.
Ce n’est pas une critique morale du Gonzo 40 en tant que stratégie d’investissement. C’est une description de la structure qui le génère — et qui rend sa propagation inévitable tant que les marchés envoient ce signal.
Nuances et limites
Tous les Gonzo 40 ne se valent pas. Licencier 40% dans une boîte avec une dette technique massive et des processus répétitifs est très différent de licencier 40% dans une boîte dont la valeur est dans le capital humain et les relations clients. Le marché ne fait pas toujours la distinction.
L’effet peut s’inverser. Si les agents IA font des erreurs significatives (et ils en font), la restructuration peut coûter plus qu’elle n’économise. Le cours qui a monté peut dégringoler — mais en général, le CEO a déjà encaissé ses options.
C’est un Shelling Point. 40% est devenu le signal évident parce que Block l’a fait premier. Si les prochaines restructurations se font à 30% ou 50%, le signal perdra de sa netteté.
Sources : Block Inc. (2025). Annonce de restructuration. · Tugan Labossière (2026). Live YouTube “Iran + Invest + Dubai + Missiles = $$$” · Gokul Rajaram (2026). Citation LinkedIn.