Introduction — La boucle que j’ai mis du temps à nommer
Je passe mes dimanches matin à discuter de philosophie grecque avec une IA.
On parle d’Aristote, de ce qu’il appelait theoria — la contemplation pure, penser pour penser, sans finalité pratique. On dérive sur l’économie du travail, sur ce que l’IA automatise vraiment, sur ce que ça veut dire de “bien vivre” en 2026. Et pendant ce temps, cette conversation devient un article. L’article devient des posts. Les posts construisent une audience. L’audience construit une crédibilité. La crédibilité me donne le temps de passer d’autres dimanches matin à discuter de philosophie grecque.
Pendant longtemps, j’aurais culpabilisé. Perdre son temps à des discussions de comptoir alors qu’il faudrait produire.
J’ai arrêté de culpabiliser le jour où j’ai compris que ce n’est pas du temps perdu — c’est du carburant. Et que j’avais construit, sans vraiment le planifier, un système qui transforme ce carburant en output sans que j’aie à choisir entre penser et produire.
Aristote appelait ça theoria. Naval Ravikant appellerait ça Work as Play. Moi j’appelle ça Ekenor — du vieux norrois auka (augmenter) et nor (la direction). Augmenter dans la direction qu’on choisit.
Voilà ce que je construis, et pourquoi. Mais d’abord — ce que j’ai quitté.
En janvier 2026, j’ai abandonné le projet sur lequel je travaillais depuis un an. Une grosse application mobile, un seul grand pari, beaucoup d’énergie concentrée sur une seule chose. J’ai tout arrêté pour recommencer avec une stratégie radicalement différente : pas un projet, mais un portefeuille. Pas un pari, mais une accumulation.
Puis j’ai lu Naval. Et j’ai réalisé que ce que je construisais avait un nom : du Permissionless Leverage. Nommer un concept change quelque chose — ça transforme une intuition en direction intentionnelle.
Les sorciers et les moldus
Il y a un écart qui se creuse en ce moment, et la plupart des gens ne le voient pas encore.
Ce n’est pas l’écart entre les riches et les pauvres — celui-là, tout le monde en parle. Ce n’est pas l’écart entre les diplômés et les non-diplômés — il rétrécit, d’ailleurs.
C’est l’écart entre ceux qui maîtrisent les leviers et ceux qui les subissent.
Naval Ravikant l’a formulé mieux que quiconque : “Forget rich versus poor, white-collar versus blue. It’s now leveraged versus un-leveraged.”
Oussama Ammar l’a reformulé récemment d’une façon qui colle parfaitement : il y a les sorciers et les moldus. Les moldus vivent dans le même monde que les sorciers — mais ils ne voient pas la magie. Pour eux, ce que fait un sorcier ressemble à de l’inexplicable, à de la chance, à une forme de triche. Les sorciers, eux, ont appris à manier des forces que les autres subissent sans les comprendre.

En 2026, la magie s’appelle l’IA. Et comme dans Harry Potter, le monde ne devient pas plus facile pour les moldus quand la magie se répand — il devient juste plus opaque.
Ce qui se joue, c’est une bifurcation. D’un côté, ceux qui comprennent les mécanismes et construisent leurs propres leviers — des actifs numériques qui travaillent pour eux, qui scalent sans permission, qui s’accumulent. De l’autre, ceux qui attendent que ça se passe, et pour qui le système tourne de plus en plus vite sans qu’ils en tiennent un bout.
L’écart n’est pas linéaire. Il est exponentiel — parce que chaque levier déployé libère du temps pour en construire un autre. Le premier projet automatisé crée de la marge pour le deuxième. La crédibilité accumulée accélère la troisième. Pendant ce temps, ceux qui n’ont pas commencé courent après un train qui ne les attend plus.
Construire un levier sans permission, c'est choisir de jouer le jeu plutôt que de le subir.
Ce n’est pas nouveau — et pourquoi maintenant
Cette bifurcation n’est pas née avec l’IA — elle a juste changé de visage.
James Dale Davidson et William Rees-Mogg l’avaient prédit dès 1997 dans L’Individu Souverain : la technologie réseautée allait permettre à des individus de s’extraire progressivement des systèmes centralisés — États-nations, grandes corporations, intermédiaires financiers — et de construire leur propre souveraineté économique sans demander la permission à personne. Leur thèse : l’histoire humaine est rythmée par des ruptures technologiques qui redistribuent le pouvoir. La presse à imprimer a affaibli l’Église. La poudre à canon a réduit l’efficacité des chevaliers. Internet allait faire la même chose avec les structures centralisées.
Ils avaient raison sur la direction. Les premiers millionnaires d’internet des années 2000 — dropshippers, développeurs d’apps, créateurs de contenu — avaient déjà compris quelque chose que la majorité n’avait pas vu : qu’on pouvait construire des actifs numériques qui scalent sans coût marginal, sans permission, sans intermédiaire. Mais il fallait savoir coder, ou avoir du capital, ou les deux. La barrière à l’entrée technique était réelle.
Et derrière cette barrière, une logique plus profonde : posséder son code, ses données, son audience, c’est ne plus dépendre de quelqu’un d’autre pour exister économiquement. Pas de plateforme qui peut te couper l’accès du jour au lendemain. Pas d’employeur dont le budget de réduction de coûts peut te faire disparaître d’un email. C’est ça, la souveraineté numérique au sens de Davidson & Rees-Mogg — pas l’autarcie, mais l’indépendance structurelle.
Ce qui change en 2026, c’est ce seuil d’entrée. L’IA générative l’a fait tomber quasi-instantanément. Construire un outil fonctionnel, un workflow automatisé, un site de contenu ne demande plus des années de formation technique. Il faut savoir quoi demander.
Mais les fenêtres de tir fonctionnent toujours de la même façon : au départ, très peu de pionniers parce que c’est difficile — puis ça se démocratise, l’avantage se dilue, la rareté se déplace. Elle se déplace déjà : vers le jugement, vers la confiance accumulée, vers la réputation compound au sens de Naval — le long-term game. Plus on attend, plus les précurseurs ont pris d’avance, et plus il faut d’effort pour les rattraper.
La fenêtre d’accessibilité est ouverte. Elle ne le restera pas indéfiniment.
Les trois leviers (et pourquoi deux d’entre eux ne m’intéressent pas)
Naval distingue trois formes de levier dans l’histoire humaine.
Le levier de main-d’œuvre — le plus ancien. Diriger des gens. Construire une équipe, recruter, manager. Pour chaque personne que tu persuades de travailler pour toi, tu multiplies ta capacité d’action. C’est puissant. C’est aussi le levier le plus coûteux en énergie, le plus lent à déployer, le plus fragile à maintenir.
Le levier de capital — le 20e siècle. Faire travailler l’argent plutôt que les gens. Des milliers de milliardaires ont été créés par ce mécanisme. Problème : pour accéder au capital, il faut convaincre quelqu’un de te le confier. Le capital exige de la permission.
Le levier de produits à coût marginal zéro — notre époque. Code, médias, livres, podcasts. Un article écrit une fois peut être lu dix millions de fois. Un workflow automatisé peut traiter mille demandes sans que je lève le petit doigt. Un outil en ligne peut être utilisé par cent mille personnes simultanément.
La différence fondamentale : personne n’a besoin de m’autoriser à déployer ces leviers.
“Every great software developer now has an army of robots working for him while he sleeps.”
L’armée de robots est disponible pour quiconque sait quoi leur demander.
Un levier sans permission, c'est mettre le travail en automatique pendant que tu fais ce que tu aimes.
La nuance que Naval n’a pas
Naval dit : faites ce que vous aimez et l’argent suit.
C’est vrai. Mais Naval dit ça après avoir réussi avec AngelList. Il avait déjà le capital-réputation quand il a formulé ce conseil.
Lui-même l’admet indirectement : la Specific Knowledge, c’est la connaissance qui ne peut pas être enseignée mais peut être apprise. Et l’apprendre prend du temps. Du temps que, dans sa version, il a eu le luxe de prendre parce qu’il avait déjà construit une base financière solide.
Pour moi, la séquence est différente. Je ne construis pas d’abord la réputation, puis ensuite les revenus. Je construis les deux en parallèle. Un capital minimum pour avoir le temps de faire ce que j’aime ET construire la Specific Knowledge qui rendra ce que j’aime monétisable à long terme.
La destination est la même. La séquence est différente.
La boucle complète
Aristote avait un terme pour la vie qu’il considérait comme la plus haute : bios theoretikos — la vie contemplative. Penser pour penser. Explorer pour explorer. Sans finalité externe. Il la réservait aux philosophes qui avaient des esclaves pour gérer le reste.
Je n'ai pas d'esclaves. J'ai des agents IA qui travaillent pendant que je pense.

Je contemple — des vidéos, des livres, des discussions, des sujets qui m’intriguent. Ce que j’aurais fait gratuitement de toute façon. Cette errance intellectuelle que la vie active érode doucement.
Le système capture — les conversations deviennent des articles, les articles deviennent des posts, les posts construisent une audience. L’IA fait la poiesis — la production, la mise en forme, la publication. Je fais le jugement et l’intention.
L’output travaille — audience, crédibilité, revenus. Les leviers tournent pendant que je pense à autre chose.
Le revenu libère du temps — pour contempler davantage. Pour construire le prochain levier. Pour passer d’autres dimanches matin à discuter de philosophie grecque sans culpabilité.
L'errance intellectuelle ne disparaît pas, elle devient utile.
Ce que je construis concrètement
Voilà ce que ça donne en pratique.

Des projets — un système de capture et priorisation d’idées (Ideas Logger), un outil de focus desktop (Smart Focus), une extension pour décider avant d’acheter (Should I Buy It), un système de gestion des tâches (Todo Manager). Chaque projet est une heure investie qui continue de tourner après coup.
Des concepts documentés — chaque idée que j’apprends, je la structure. Une fiche, un article, un lien. Pas des fiches isolées : un graphe de connaissance où chaque concept renvoie aux projets qui l’appliquent, aux outils qui en découlent, aux articles qui l’analysent. Coût marginal de la duplication : zéro. Valeur pour le lecteur qui explore : compound.
Un site — Ekenor — construit pour que tout se tienne. Un projet renvoie aux concepts qu’il utilise. Un concept renvoie aux projets qui l’implémentent. Un article cite les deux. C’est construit pour le SEO, pour le GEO, pour devenir une base de référence sur l’intersection IA / productivité / souveraineté individuelle. Construit en public, itéré en public.
Ces trois formes sont toutes du levier permissionless. Aucune ne nécessite d’investisseur, d’employeur, ni d’approbation externe.
Ce que ça change pour toi
Si tu lis cette newsletter, tu es probablement dans l’une de ces deux situations.
Tu construis déjà — tu automatises, tu crées, tu publies. Ce que j’espère t’apporter ici, c’est la précision sur pourquoi ça tient. Le cadre conceptuel change quelque chose : une série d’actions devient une direction intentionnelle. On peut s’associer.
Tu n’as pas encore commencé — tu vois l’opportunité mais quelque chose bloque. Tout ce que je construis est documenté sur Ekenor — les projets, les concepts, les erreurs, les outils qui ont fonctionné. Pas pour vendre une méthode. Pour que tu n’aies pas à repartir de zéro. Je peux t’aider.
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Thomas Silliard — Ekenor